Steel Pulse interview

Alors que tant de formations se disloquent, quel est le secret de la longévité de Steel Pulse?
Le trio de base que nous formons avec David Hinds et Steve Nesbitt constitue un véritable noyau dur. Nous avons eu à surmonter tant d'obstacles que les épreuves nous ont soudés au lieu de nous diviser. Pour le meilleur et pour le pire, comme on dit! C'est là qu'on voit la véritable amitié, celle qui résiste à toutes les pressions. Lorsque le groupe a débuté, en 1975, la plupart d'entre nous venions de Handsworth, quartier populaire de la cité industrielle Birmingham, en Angleterre.
Quartier qui a donné son nom à un de vos titres fétiches, "Handsworth Revolution"...
Exactement. Bob Marley était venu nous rendre visite en studio pendant l'enregistrement, afin d'exprimer son soutien et son intérêt pour notre démarche. Un encouragement extraordinaire pour nous! En effet, quand nous avons commencé, nous écoutions Bob, Burning Spear, Marcus Garvey, The Gladiators... Toute cette musique nous a profondément inspirés, pas seulement parce qu'il s'agissait de reggae, mais aussi pour le message qu'elle véhiculait. Nous avons eu envie, à notre tour, de former un groupe, afin de toucher les gens, d'attiser leur conscience en même temps que de leur offrir des good vibes. Notre premier album, "Handsworth Revolution", parle des insurrections qui, à l'époque, ont éclaté dans notre quartier. Plus de deux décennies plus tard, ce thème reste totalement d'actualité. La situation s'est même dégradée dans le monde entier. Ceux qui ont un boulot sont terriblement exploités. Et les chômeurs sont traités comme de la merde, quasi abandonnés. La société bien-pensante leur fait l'aumône, au lieu de mettre en oeuvre une politique digne de ce nom, qui puisse les réinsérer dans le circuit du travail. On voudrait leur faire croire qu'ils sont coupables, alors que le système est responsable de cette décadence et qu'il est infoutu de trouver ne serait-ce qu'un début de solution. Les artistes ont un rôle d'éclaireur, de veilleur. Steel Pulse reste vigilant. Nous avons les mêmes idéaux aujourd'hui.
"Rage and Fury" est votre quinzième album. Que représente-t-il, pour vous?
Il illustre notre ardeur au labeur. Nous travaillons dur: seul moyen de maintenir notre niveau. Une ribambelle de jeunes, débordants de fraîcheur et d'appétit, débarquent régulièrement sur la planète musicale. Il faut rester à la hauteur. C'est stimulant de voir cette relève. Si on s'attache davantage au contenu de "Rage and Fury", on verra qu'il célèbre des anniversaires d'une grande valeur symbolique pour notre communauté: il y a trente ans, Thurgood Marshall était le premier Noir admis à la Cour suprême de justice américaine; il y a vingt ans Steve Biko était assassiné (sa mort n'aura pas été vaine, puisque l'apartheid a été aboli). A travers nos disques, nous cherchons aussi à éduquer le public, à lui indiquer des pistes de recherche et de réflexion, et cela qu'il soit blanc ou noir. Moins d'ignorance et une meilleure éducation de chaque être humain, voilà l'antidote premier contre toute forme de racisme et de fascisme.
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'inviter, dans votre dernier disque, la nouvelle égérie soul-ragga, Diana King?
Elle a une personnalité unique. Elle est capable de chanter du reggae, du rhythm'n'blues, du rap... Elle apporte une empreinte originale. En plus, c'est une bosseuse. Enfin, Diana est une amie, ce qui compte beaucoup pour nous. Et elle a préservé une humilité. Le show-business monte souvent des coups et, dans la plupart des cas, cela se perçoit dans le résultat. On sent davantage un produit (même s'il est parfaitement fabriqué) qu'une oeuvre artistique. Pour nous, tous ces facteurs humains sont aussi importants que la virtuosité artistique. Ce sont eux qui communiquent cette flamme unique, qu'aucun robot ne saurait imiter.
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Dernière mise à jour de cette page le 15/08/2005